Conférence-débat POUCHKINE

Mardi 26 janvier 2010 de 18h30 à 21h00

POUCHKINE

par Jean-Baptiste Para

Conférence-débat

Ce cycle Ecrivains de toujours propose à de grands lecteurs, des chercheurs, des amoureux de revivifier pour nous le « don des morts ».
Pouchkine (1799-1837) est le plus grand poète de la prose russe du XXe siècle. Dans des circonstances particulièrement difficiles, il a dû et su se construire une personnalité géniale pour produire une œuvre de génie, une voix sans pareille : Boris Godounov, La Dame de pique, Eugène Onéguine, Le Convive de pierre…

La traversée de l’Arpatchaï
Depuis combien de jours chevauche-t-il à travers la steppe ? Il a quitté Moscou sans en référer au tsar et laisse déjà au grand large des herbes foulées le feutre blanc des tentes kalmoukes. De Stavropol il voit se dresser les cimes du Caucase. Quand il longe les gorges du Térek, tout ce qui reste du ciel est un ruban au-dessus de sa tête. Le fleuve gronde et écume, plus turbulent que le Tcherkesse au poignard ombrageux. Maintenant la Géorgie est proche. Son cheval s’enfonce dans la neige molle où murmurent des ruisseaux. Il rejoint le col et dévale un versant de brusque lumière. Dans le vent tiède où se dénoue son effort comme plus tard aux bains de Tiflis, il défaille de bonheur.
Ce cavalier qui passe est le plus grand poète de Russie. On l’assigne à résidence, on le retient dans des rets. Le tsar lui interdit de quitter le pays. Sur l’arçon de sa selle ballotte une outre de vin. Il se souvient que les Anciens avaient enfoui l’espérance tout au fond de la jarre de Pandore, car le plus déplorable des maux est celui qui aide à supporter tous les autres. L’air lui manquait, il a voulu suivre les routes du sud, passer la frontière, puis revenir. Non pas comme un chien retourne à sa vomissure, puisque Pouchkine est son nom.
Un soir, en Arménie, il campe en vue de l’Ararat. Il ira jusqu’à Erzeroum, la ville aux toits couverts d’herbe. Ce sont parages où l’armée russe du Caucase guerroie contre les Turcs. Mais voici l’aube où son cheval fend les flots de l’Arpatchaï et s’en va fouler sur l’autre rive la terre étrangère. La nuit qui a précédé cette traversée fut si longue – le regard cramponné aux étoiles, la nuque engloutie dans les peaux de martres.
Maintenant, tout son corps ruisselle. Il ouvre les bras, tourne plusieurs fois sur lui-même et tombe sans un cri. La dernière et violente flambée de verstes l’a projeté contre cette nouvelle : le mouvement victorieux des troupes de Paskiévitch. L’ennemi qui se débande, il vient de l’apprendre, a fait refluer avec lui la frontière. Après la Russie, c’est encore la Russie.
S’en attriste-t-il ? Il y a si longtemps que sa joie ne dépend plus de son espérance. Il tourne bride, cravache sa monture et s’élance vers le soleil qui se lève à l’orient de sa bouche. »
Jean-Baptiste Para dans La Faim des ombres

Jean-Baptiste Para est poète : Arcanes de l’ermite et du monde, Temps actuels, 1985 ; Une semaine dans la vie de Mona Gembo, Les Anges pour commencer, Arcane 17, 1985 ; Longa tibi exilia, Aencrages & Co, 1990 ; Atlantes, Arcane 17, 1991 ; Le Jeûne des yeux et autres exercices du regard, Rocher, 2000 ; La Faim des ombres, Obsidiane, 2006. Rédacteur en chef de la revue Europe, il a donné à cette revue depuis presque trente ans de nombreuses notes de lecture et chroniques sur les arts. Il a contribué au catalogue de l’exposition Paul Reyberolle, à la FIAC, en 2001.
Il est aussi l’éditeur de L’Horizon est en feu : cinq poètes russes du XXe siècle, Blok, Akhmatova, Mandelstam, Tsvétaïeva, Brodsky ; de Anthologie de la poésie française du XXe siècle, volume 2 ; de Oskar Milosz, La Berline arrêtée dans la nuit, tous parus chez Gallimard dans la collection Poésie. Et de Pierre Reverdy, Ministère des Affaires étrangères, Cultures France, 2007. Il a traduit des poètes indiens et russes, et des écrivains italiens : Antonella Anedda, Milo de Angelis, Massimo Bontempelli, Cristina Campo Giuseppe Conte, Antonio Delfini, Giorgio Manganelli, Alberto Nessi, Vera Pavlova, Alberto Savinio, Camillo Sbarbaro, Antonio Tabucchi.
Durant plusieurs années, il a animé avec André Velter sur France Culture l’émission radiophonique « Poésie sur parole ».

Entrée libre

Bibliothèque de la Part-Dieu
30 boulevard Vivier-Merle
69431 Lyon
Tél.: 04.78.62.18.00
Fax : 04.78.62.19.49
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