
Le 19 janvier 2011
Le russe VTB sort du ghetto corporate pour se lancer dans l’épargne en ligne avec une offre plus généreuse que la concurrence
Le front de l’Est se rapproche dans la guerre des dépôts ! La filiale française du groupe russe VTB (qui possède une licence depuis 1921 dans l’hexagone), vient de présenter une offre incontestablement alléchante destinée aux particuliers. Pour se positionner sur ce marché très concurrentiel, l’établissement a choisi une stratégie très agressive, à la fois pour maximiser sa visibilité et pour optimiser son financement.
Le rendement brut des comptes à terme démarre à 2,5 % et sa tête de gondole est un placement à 36 mois rémunéré à 4,15% brut, le tout sans plafond de versement La concurrence n’a qu’à bien se ternir. Aujourd’hui, les livrets d’épargne sur Internet rapportent ne rapportent que 2 % pour les dépôts à vue. Du côté des dépôts à terme, les rendements ne sont guère meilleurs. Les deux offres les plus intéressantes du marché atteignent 2,9 % (BNP Paribas, avec une limite à un an et un plafond à 50.000 euros) et 3 % sur 24 mois de l’américain GE Money Bank.
Surprise, les rendements annoncés par la deuxième banque russe sont nettement supérieurs aux taux de marché (Euribor) sur lesquels sont généralement basés les comptes à terme. Comment VTB va-t-il s’assurer une marge avec des taux pareils ? En optimisant la gestion actif-passif, ce qui est rendu possible par le fait que l’horizon temporel des dépôts à terme correspond à la durée moyenne des activités de financement corporate entre France et Russie, activité principale de VTB France. Les grosses marges dégagées sur les entreprises permettent ainsi à la banque d’offrir de généreux taux aux particuliers !
Pour rassurer les frileux, VTB avance que le Fonds de garantie des dépôts garantit les placements à hauteur de 100.000 euros en cas de faillite de l’établissement. Il faut toutefois bien faire attention au fait qu’il s’agit d’un compte à terme et non d’un livret épargne classique. Les fonds placés sont donc bloqués sur toute la durée du placement, faute de quoi, le taux de rémunération tombe alors à 1% brut, ce qui est une vraie mauvaise affaire.
VTB justifie cette spécialisation dans les comptes à terme du fait que l’offre y est « très peu développée en France », selon Oleg Pitchouguine, le directeur commercial de VTB Bank. Or, « C’est le produit d’épargne le plus répandu en Russie. VTB a donc une grande expérience dans le domaine. » La banque refuse prudemment de fixer objectif de collecte, mais indique d’ores et déjà qu’en cas de réussite sur ce segment, elle élargira sa gamme de produits.
Encore pratiquement du grand public hormis en tant que « banque de poche du Kremlin » (ainsi surnommée pour avoir racheté en douce 5% d’EADS en 2006), la banque d’Etat russe part avec un capital… très léger en matière d’image. Tout reste à construire et les beaux chiffres sont sans doute la meilleure stratégie pour attirer la prudente épargne des Français.
Paul Duvernet
La Russie d’Aujourd’hui
